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Reportage: Débat "Entre indifférence et idéalisation: la République tchèque vue par les médias français, la France vue par les médias tchèques"

publié le 11 avr. 2015 à 07:55 par Redakce CSMPF   [ mis à jour : 29 mai 2015 à 07:20 ]
Prague n’est pas beaucoup plus éloignée de Paris que Nice et pourtant, les médias français n’apportent que peu d’informations sur la République tchèque, à l’exception peut-être du sport et de quelques événements politiques majeurs. La France quant à elle est bien plus présente dans les médias tchèques, mais souvent à travers une vision très stéréotypée, comme un pays avec de beaux sites touristiques, des grèves et des problèmes du « vivre ensemble » avec ses différentes communautés. Pourquoi ? Pour comprendre ce phénomène et dépasser les clichés que chaque pays porte sur l’autre, l’association EJPTF en coopération avec le Centre culturel tchèque a invité Fabrice Martin Plichta, correspondant du journal le Monde à Prague et Kateřina Koubová, journaliste à Bloomberg Businessweek à Prague et ancienne correspondante de MF Dnes à Bruxelles.

En guise d’introduction, Martin Polivka, vice-président de l’association Etudiants et jeunes profesionnels tchèques en France, a brièvement fait un état de lieux de la presse dans les deux pays et des événements qui y sont relatés. Force est de constater que si la presse tchèque revient davantage sur des événements politiques et économiques français, la presse française elle se cantonne presque exclusivement aux résultats sportifs de la République tchèque. 

Comment expliquer ce décalage ? Correspondant du Monde à Prague depuis 1995, Fabrice Martin Plichta a commencé par relativiser l’idée selon laquelle les Français s’intéresseraient à la République tchèque avant tout pour ses performances sportives. Le sport arrive en réalité en tête des informations pour de nombreux pays, notamment africains. Par ailleurs, le moindre intérêt porté par les médias français pour la République tchèque s’explique avant tout par l’évolution politique et économique du pays. Si ce dernier a fait l’objet d’articles presque quotidiennement au moment de la chute du Mur, il n’est désormais plus au centre de l’actualité, le centre de gravité de cette dernière s’étant déplacé vers le Moyen-Orient. La démocratie de compromis ou de consensus qu’offre la République tchèque n’est en effet pas suffisamment attractive pour des médias en quête de débats politiques tranchés.

En outre, le rôle du journaliste a considérablement évolué au cours des vingt dernières années. Le nombre d’articles s’est réduit, les pages des journaux se sont aérées, laissant moins de place aux événements et davantage aux pages dites de décryptage. De trois papiers par semaine au début des années 90, Fabrice Martin Plichta n’en écrit donc plus qu’un ou deux par mois, avec cependant pour mission de saisir l’occasion d’un événement pour apporter un décryptage sur la situation politique du pays. Ainsi, la présidence tchèque de l’Union européenne a été l’occasion d’expliquer comment de nombreux responsables politiques majeurs pouvaient adopter un positionnement eurosceptique alors qu’en 1989, ces mêmes responsables faisaient campagne sur le retour à l’Europe.

En République tchèque en revanche, l’intérêt pour la France est plus grand selon Kateřina Koubová mais entouré de nombreux clichés. C’est ainsi l’image d’Epinal d’un pays aux paysages magnifiques mais constamment en grève qui revient régulièrement. Cette vision parfois caricaturale repose avant tout sur le manque de maîtrise de la langue de Molière par les journalistes tchèques, ces derniers s’informant sur la France, avant tout à travers les médias anglo-saxons. A l’instar du Royaume-Uni, la France fait ainsi souvent figure de bouc-émissaire en République tchèque lorsqu’un responsable politique propose une réforme qui s’inspire d’une mesure prise en France.

De même, les difficultés économiques auxquelles font face la presse en général ont également obligé de nombreux titres à limiter le nombre de correspondants à l’étranger. C’est ainsi qu’aucun média tchèque, à l’exception de la radio publique, n’a de correspondants à Paris. Ce manque d’ancrage et de connaissance de la réalité française constitue ainsi une des pistes d’explications du traitement parfois caricatural qui est réservé à la France.

Au final, si la France, de par son poids économique et politique, est davantage traitée dans les médias tchèques, les journalistes français comme leurs homologues tchèques se retrouvent généralement devant la même difficulté de devoir en permanence chercher à convaincre leurs responsables de l’intérêt de publier un article sur ces pays, en dehors d’une actualité « brûlante ».

Le débat a été modéré par Martin Polivka, vice-président de l’association Etudiants et jeunes professionnels tchèques en France et s’est tenu le 12 avril 2015 au Centre tchèque devant une quarantaine de personnes.



Reportage: Marek Kubišta / Photos: Anna Krýslová

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Debata: Česko a Francie pohledem médií


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